Prayssas, cité du chasselas (1931)

Le chasselas de Prayssas;

Interview M. Lacaze, conseiller d'arrdt;

Conférence de M. Trapes sur l'avenir
du marché de Prayssas.

 

 

 



 
 

Interview de M. Lacaze, à l'initative du marché de Prayssas

Par une chaude après- midi de cette fin d'été, nous sommes allés rendre visite à notre ami, M. Lacaze, dans sa villa de Pravssas, sur la route de Frégimont, et nous lui avons dit :

- Mon cher ami, comme tout le monde le sait, c'est à vous que Prayssas doit d'avoir un grand marché fruitier et primeuriste, équipé d'une façon moderne. Ce marché créé en 1929 est largement majeur et maitre de ses droits. Aussi, je suis venu vous demander, pour les lecteurs de la Journée des Fruits et Légumes, comment vous êtes parvenu à concevoir ce marché de Prayssas ?
- C'est en 1927 que l'idée d'un marché à Prayssas m'est venue pour la première fois. J'exploitais, à ce moment, les deux propriétés du Ségalas et de Rouqueyrol, àquelques kilomètres d'ici. Lors de la fête locale de Ste-Foy, très petite localité proche de Mes propriétés, j'eus l'idée de faire une exposition de chasselas. J'invite à tenir, nous visiter des négociants et courtiers de Bordeaux. Effectivement, ils vinrent et trouvèrent nos raisins si beaux que spontanément, ils distribuèrent des prix en argent. Pour finir, ils nous engagèrent à planter davantage. A cette époque lointaine, c'était pour les plantations, l'âge d'or. Elles étaient libres. En ce qui me concernait, cette recommandation ne tombait pas dans l’oreille d’un sourd.

Et les autres ? - beaucoup firent comme moi. C'est ainsi que le vignoble de raisins de table s'agrandit considérablement.

- Quant à la création d'un marché à Prayssas, il ne dût pas en être question avec les commerçants bordelais.

- Evidemment non. Ces messieurs étaient, bien sûr, partisans de ne rien changer au statu quo.

- Et vous, que pensiez-vous de tout cela ?

Je pensais qu'un marché, où les producteurs pourraient venir librement défendre, vendre leurs raisins et, en fin de marché, repartir avec leur argent dans leur poche, ce serait l'idéal.

Mais avant d’arriver à ce but, on mit bien des obstacles sur ma route.
Le premier vint des ramasseurs. D'après eux il ne fallait rien changer à ce qui se pratiquait alors : ramassage à la propriété par des camionneurs et, ensuite, expédition sur les places de Bordeaux et de Paris où les raisins étaient vendus à la commission.

- Comment avez-vous fait pour vaincre l’opposition des ramasseurs ?

J’eus d’abord la chance de rencontrer M. Jean Llapasset, négociant en fruits à Perpignan. Dès notre première rencontre, M. Llapasset me dit qu’il était un grand partisan du marché de Prayssas. Il venait depuis plusieurs années dans la région de Port-Ste-Marie et de Prayssas et savait apprécier la qualité des raisins de Prayssas, production des terrains calcaires, ce qui les différenciait des plantations de la plaine faites en terrain d’alluvion. Il m’apporta aussi le concours de ses connaissances commerciales techniques.

- Que fut-il alors décidé ?

- Tout d'abord on supprimerait tous les vieux emballages, corbeilles et paniers, pour adopter un emballage standard appelé, le billot « Mussy », nom du fabricant. Les raisins seraient présentés dans ces billots, avec du papier jaune. (Il a fallu plus de 25 ans pour s'apercevoir que c'était le papier rose qui flattait le mieux les chasselas).

- En somme, dans ces préparatifs d'organisation du marché, vous représentiez les producteurs et M. Llapasset les commerçants.

Cela était exact.

- Mais comment fut résolu le conflit avec les ramasseurs?

- Cela se fit bien- simplement. Les courtiers ramasseurs continueraient leurs collectes, mais au lieu d'expédier sur Paris ou Bordeaux, ils apporteraient les raisins collectés au marché de Prayssas et les vendraient pour le compte des producteurs ne pouvant, eux-mêmes, venir au marché. De cette façon le gagne-pain des ramasseurs était sauvegardé.

 

Nous interrompons ici le récit de M. Lacaze pour indiquer que cette première année 1929 du marché de Prayssas se termina par un plein succès. Comme cela se fait souvent en France pour fêter ce succès, on organisa un banquet qui eut lieu en octobre 1929 dans la grande salle des Fêtes de la Mairie de Prayssas. Il y avait une centaine de convives. Mais laissons la parole à notre ami M. Lacaze:

- Au cours des discours, au dessert, en dégustant d e s grains de chasselas, la question de la construction d'une halle à Prayssas fut évoquée. M. Llapasset, l'expéditeur de Perpignan, s'expliqua longuement à ce sujet. Pendant les marchés, dit- il, il arrive que des marrons tombent sur les raisins ce qui n'est pas très indiqué. Et puis, il y a les jours de pluie et de mauvais temps. Finalement, en cette fin d'année 1929, le principe de la halle fut acquis. Mais il fallut livrer encore une bataille.

- Que se passa-i1 il alors ?

- En principe la halle devait être un bâtiment communal et à ce titre, les frais de construction incombaient à la commune. Des devis qui nous furent présentés, il résultait qu'une halle de 12 m2 était du prix de 140 à 150.000 francs de 1929. Ce prix effraya certains conseillers municipaux. Pravssas était une petite commune. Effectivement, le prix était gros. Il est vrai qu’en compensation du prix de construction la commune toucherait des droits de place. Et puis, sur quel emplacement construirait-on cette halle ? Les uns la voulaient sur la place des marronniers, entre l’église et la mairie. D'autres répliquaient avec juste raison que cet emplacement était trop petit. Finalement on choisit l'emplacement du champ de foire qui ne servait plus guère. D'autres difficultés venaient de la Préfecture. Comme bien souvent l'Administration n'aime pas les innovations.

- Comment avez- vous fait pour sortir de cette impasse ?

- J'eus une idée qui sauva tout. En appeler au Ministre de l'Agriculture. (Celui-ci était M. André Tardieu. C'était un homme de valeur et un ministre pas comme 1es autres. Après avoir été président du Conseil, il était fin 1929 ministre de l'Agriculture). Donc je lui écrivis pour lui demander une audience. Il me répondit qu'il m'attendait et que je pouvais venir le voir. C'est ce que je fis. Je fus reçu très cordialement par M. Tardieu. 11 me dit en me tutoyant : « Mon cher Lacaze, tu peux être tranquille, je vais faire le nécessaire pour la construction de la halle de Prayssas auprès de la Préfecture de Lot-et-Garonne et, auprès des services compétents, afin qu'une subvention de 80.000 frs vous soit accordée. Commencez à bâtir le plus tôt possible. Je viendrai à l'inauguration de votre halle ». J'avoue que je ne m'attendais pas à un succès aussi complet. Aussi, en me retirant je ne savais comment remercier M. Tardieu de ce qu'il faisait pour Prayssas.

- A mon retour de Paris, toutes les difficultés étaient aplanies. Les travaux de notre halle commencèrent. L'affaire fut menée rondement si bien que la halle fut inaugurée au début d'octobre 1930. M. Tardieu ne put malheureusement pas venir à notre inauguration pour un motif dont je ne me souviens plus.

Ainsi se termine l'histoire de la création du marché de- Prayssas telle qu'elle me fut contée par M. Lacaze.