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Bazens, et ses souvenirs de la renaissance italienne

Bazens se trouve à l'extrémité de la petite vallée de la Masse, juste avant que celle-ci n'aille sejeter dans la Garonne. Sur l'autre rive, on aperçoit Clermont-Dessous. Aussi est-il tout naturel qu'il y ait des relations de bon voisinage entre les deux cités. C'est ainsi qu'a été créé un sentier équestre qui les réunit. On peut y entreprendre une fort pittoresque promenade à cheval et, à l'arrivée, Bazens vous offre une réconfortante assiette gasconne.

Bazens possède son grand homme : Matte° Bandello. On a essayé de franciser ce nom en Mathieu Bandel. Mais, pour notre part, nous préférons la dénomination italienne. Elle a plus de sonorité, de force et de poésie.

Matteo Bandello est né à Castel-nuovo, en Lombardie, au cours de l'année 1480. Entré tout jeune chez les Dominicains, il professa les belles lettres à Mantoue et à Milan. Lors du pillage du nord de l'Italie, en 1525, par les Espagnols, sa maison paternelle fut détruite. Il se réfugia, alors, en France, dans l'Agenais, auprès de la famille Fregoso_ Tout d'abord, il fut curé de Cabasault près d'Agen. Nommé évêque en août. 1550, il vint habiter le château de Bazens, qui était la résidence d'été des prélats d'Agen. Cette demeure avait été donnée en usufruit par le cardinal de Lorraine à Constanza Rangonza, veuve de Cesare Fregoso, ambassadeur de François Ier à Venise, assassiné le 6 février 1540 par des gens à la solde de Charles-Quint.

Tout de suite, Bandello se plut dans le cadre et l'atmosphère du château de Bazens. De fait, quand on contemple du haut de la tour polygonale, la Garonne qui s'étale dans la plaine, le panorama que l'on a sous les yeux ressemble, à s'y méprendre, à la vallée de l'Arno non loin de Florence. De plus il fut favorablement impressionné par la pureté de l'air d'ici et son exquise fraîcheur au cœur de l'été.

La première préoccupation du nouvel évêque en s'installant au château de Bazens fut de transformer l'ancienne demeure féodale en logis de plaisance dans le style de la Renaissance. Pour cela on fit venir de Paris Ducerceau qui avait été l'un des architectes du Louvre. Ce maitre avait travaillé en Italie de 1530 à 1540. On fit venir également de Toscane, des jardiniers experts. Un véritable parc fut aménagé dans le prolongement des jardins. Ces jardiniers, leurs travaux terminés à Bazens, allèrent à Nérac où ils créèrent le parc du château dont il subsiste encore la promenade de la Garenne.
Peu après toutes ces transformations, la demeure de Bazens devint un lieu de réunion de tous les notables de la région. Henri d'Albret et sa femme Marguerite d'Angoulême, surnommée « la Marguerite des Marguerites », en étaient des familiers. Ils parcouraient souvent le trajet Nérac-Bazens. On y voyait aussi Madame de Lusignan. Anne de Polignac Scaliger et bien d'autres.

On peut même se demander si Shakespeare ne vint pas lui aussi. à Bazens ? D'après un article du « Temps », du 8 juillet 1928, notre compatriote Jacques Chaumié, qui fut sénateur de Lot-et- Garonne, laisse entendre qu'il n'est pas impossible que l'auteur « d'Hamlet » ait vécu quelque temps à Nérac. Or Nérac n'est pas loin de Bazens. De plus comme nous le verrons plus loin, Shakespeare a emprunté le sujet de l'un de ses drames à Bandello.

Dans tout cela que devenait le diocèse d'Agen ? Eh bien, le diocèse d'Agen avait un excellent administrateur, en la personne de Jean Vallier qui avait été évêque de Grasse.
Si, pendant son séjour à Bazens, Matteo Bandello sut se distraire, il travailla également beaucoup, écrivant, en langue italienne. ses « Voyelles » qui forment un ouvrage de neuf volumes. Celles-ci sont l'écho des histoires joyeuses ou dramatiques que Bandello a entendu raconter autour de lui. Un commentateur a pu écrire à leur sujet : « La langue de ces contes n'est pas toujours très pure, et leur ton est parfois licencieux, mais le récit en est alerte. Nous y voyons revivre avec une extrême intensité, la société italienne de la Renaissance vivante, fastueuse, rieuse et violente. »

C'est dans l'une de ces Nouvelles que Shakespeare a pris le thème de son drame « Roméo et Juliette », tandis qu'Alfred de Musset, à son tour, puisait dans l'une d'elles l'idée de son conte  « Barberine ».

Malgré le peu de soucis que lui donnait son évêché d'Agen, Bandello s'en démit, durant l'année 1555, en faveur de Janus Fregoso, fils cadet de César. Cependant il continua d'habiter à Bazens et y mourut en 1561. Par la suite, les évêques d'Agen abandonnèrent leur résidence d'été de Bazens pour s'installer à Montbran.

En 1726, Mgr Hébert obtint l'autorisation de faire démolir le château de Bazens qui tombait en ruines. Heureusement, une partie de l'édifice fut épargnée. C'est ce qui a permis à l'actuelle municipalité de Bazens, sous la dynamique impulsion de son maire, M. Henri Gros, de s'occuper activement des réparations et de faire du château de Bazens un attrait certain pour les touristes qui visitent notre Agenais.