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Le nouveau marché-parking d’Agen serait construit sur l’emplacement de l’ancienne cathédrale.

A la suite d'un vote récent du Conseil municipal d'Agen, le marché-couvert actuel ferait place à un marché-parking. Sur cet emplacement avait été édifié au XIVe siècle, la cathédrale Saint-Etienne.

En 1835, Henry Bréey, chroniqueur agenais, a réalisé des dessins à l'encre de chine, définissant sous tous leurs angles les vestiges de la cathédrale Saint­Etienne tels qu'ils apparaissaient à l'époque.

Un an plus tard, la démolition commencée en 1789 des suites de la Révolution devait être menée à terme pour faire place à une halle aux grains.

Ci-dessus : Saint­Etienne d'Agen (côté Saint-Gillis).

De toutes les cathédrales de France, celle d'Agen est, croyons- nous, la seule à être tombée sous les pics des démolisseurs, il y a de cela cent cinquante ans. Ce souvenir est oublié des générations actuelles, mais heureusement la cathédrale Saint-Etienne n'est pas tout à fait morte. Nos archives contiennent, en effet, quantités de documents permettant de la faire revivre.

Construite au XIVe, la cathédrale Saint-Etienne était une église ogivale de l'époque gothique. La nef centrale avait deux bas-côtés. Le chœur beaucoup plus large que la nef se composait de trois travées terminées par un chevet pentagonal. La nef centrale et le chœur ne furent jamais voutés mais lambrissés. Cela devait probablement en compromettre la solidité.

Quant aux dimensions, la longueur totale de l'édifice atteignait 70 mètres ( 24 mètres pour la nef, 29 pour le chœur et 17 pour la chapelle absidiale). On a pu écrire que, toutes proportions gardées, Saint-Etienne d'Agen avait certaines analogies avec la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

En outre, la cathédrale d'Agen possédait vingt-trois chapelles. Chacune d'elles était ornée de magnifiques verrières, œuvre d'artistes, les uns amenés par les Rovère, les évêques italiens du XVIe siècle, les autres sans doute de la célèbre école d’Arnaud de Moles, qui venait d’Immortaliser son nom en décorant Sainte-Marie d’Auch. Six d’entres-elles étaient l’œuvre d’un bourgeois agenais, Jean Guyard.

Comme dans la plupart des églises, il y avait des tombeaux à Saint-Etienne. On en comptait 70, (notamment de Claude Jolly, de Jules Mascaron), de chanoines, de prêtres et de notables. Que sont devenues ces sépultures à la démolition de la cathédrale ? Si l'on examine avec un peu d'attention les documents qui subsistent sur la cathédrale d'Agen, on s'aperçoit qu'elle ne fut jamais bien solide.

Pendant des années, et dès le début du XVIIe siècle, les évêques d'Agen furent en luttes constantes avec l'Administration consulaire pour réparer la cathédrale d'Agen. Mais on ne put jamais se mettre d'accord. Enfin, comble de malheur, un tremblement de terre en 1660 porta grand dommage à l'édifice.

Mgr D’Usson de Bonnac (ce fut.le dernier évêque d'Agen avant la Révolution), fit une ultime démarche pour faire restaurer sa cathédrale. De guerre lasse, il abandonna la cathédrale Saint-Etienne et, par mesure de prudence, célébra certains offices en la collégiale Saint-Caprais.

Puis vint la Révolution. La religion catholique fut abolie et l'exercice du culte interdit.

Le 1er prairial an VI (20 mai 1798), la cathédrale fut adjugée au citoyen Joseph Raymond, pour le prix de 64 000 francs. Le 1er floréal an VII (20 avril 1799), l'oeuvre de destruction commença.

De très belles pierres furent amenées sur le Gravier, pour y construire une digue le long de la Garonne. D'autres furent tout simplement vendues à des particuliers.

Lorsque vers 1802, les luttes antireligieuses diminuèrent d'intensité, la démolition de la cathédrale agenaise fut stoppée. Le terrain fut déblayé et M. de Sevin ainé, alors maire d’Agen, fit planter de superbes acacias.

Plus tard, un autre premier magistrat de la ville, M. de Lugat, proposa au conseil municipal, l’adoption d'un projet de halle « dont l'établissement était de première nécessité pour la ville ».

La Révolution de 1830 retarda ce projet qui fut repris, deux ans après, par la « municipalité de Raymond ». Le prix de cette halle aux blés fut de 128.563,10 F.

Les travaux de démolition de l'ancienne cathédrale commencèrent à nouveau, en janvier 1836, et à la fin de l'année, non seulement il ne restait plus rien de la vieille basilique agenaise, mais la nouvelle halle était bien avancée. La charpente fut placée l'année suivante et l'édifice livré au public le 11 novembre 1839.

Moins de cinquante ans après, la halle au blé fut à son tour jugée insuffisante et inutile. Elle fut démolie en 1882 et, sur son emplacement, on construisit le Marché- Couvert qu'il est question aujourd'hui de démolir.

Quelles cascades de démolitions pourra-t-on dire.