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Fréderic Roumanès, charpentier et poète à Prayssas.

C'est une bien curieuse histoire que celle de Frédéric Roumanès. Nous allons la raconter. Elle le mérite.

Frédéric Roumanès était né à Prayssas le 1er mars 1851. Son père était Jean Rournanès, charpentier. Sa mère se nommait Marie- Anne Destang. La naissance eut lieu dans une maison des allées Sainte-Anne. Il ne nous a pas été possible de déterminer l'emplacement de cette maison.
A propos du nom de Roumanès, il est intéressant de noter qu'il indique qu'un de ses ancêtres avait fait un pèlerinage à Rome.

Il y a lieu également de remarquer que ce nom s'apparente à celui de Romanille, le célèbre poète provençal, fondateur du félibrige. Quant à son prénom, Frédéric, Il est le même que celui du grand Mistral.

On voit que notre Prayssasais avait, dès sa naissance, trouvé dans son berceau, des attributs poétiques. Rien donc de surprenant que, par la suite, il devint poète.

Le jeune Frédéric eut la chance de trouver, tout enfant, à Prayssas même, une remarquable maison d'instruction. C'était la pension Pradelle. Son fondateur était Jean- Philippe Pradelle. Il enseigna à Prayssas de 1836 à 1880, soit 44 ans.

Le jeune Roumanès sut profiter des leçons de ce maître éminent. Il devint lui aussi professeur. Lorsqu'il fit son tour de France, dans des classes du soir, il donna des leçons de trait. Et pour ne pas rester en reste, il fit imprimer un ouvrage pratique sur la charpente.

Mais piqué par la tarentule poétique, Roumanès se mit à aligner des vers. Et, dès sa dix-huitième année, il publie un petit recueil poétique sous le titre de « Los Prumeros Ideyos poeticos de Frédéric Roumanès de Prechas. Poèrnos, quatrins et roundèous, dediats à la Jouynesso Prechaguezo ». Le tout parut sous la forme d'une brochure de 16 pages in 8°, en 1869, à l'imprimerie P. Bonnet, àAgen.

Travailleur infatigable, notre auteur publie l'année suivante, en 1870, une seconde brochure. Nous en donnons le titre, en français : « Poésies à 1.'occasion de la guerre de 1870 et du changement de gouvernement ». Sur la première page de la brochure, sous le titre est imprimé le quatrain suivant :

  1. Baume de pureté,

Du patois, mon étoile,
En brillant sur ma tête,
Ennoblit ma langue. »

Cet ouvrage sortit des presses de l'Imprimerie Typographique de J.-A. Quillot, à Agen.

Comme on le pense, ces brochures sont actuellement, excessivement rares. Néanmoins, nous avons eu la chance de retrouver celle relative à la guerre de 1870. Elle est d'une brûlante actualité. Aussi nous allons l’analyser et en citer un certain nombre de vers.

Elle comprend une douzaine de poèmes. Nous en citerons quelques passages. Pour ne pas allonger cet article et pour être compris du plus grand nombre, nous donnerons seulement la traduction des passages cités.
En raison de son jeune âge, Roumanès est mobilisé dès les premiers jours de la déclaration de guerre

15 juillet 1870, au 42° de ligne en garnison à Perpignan. Il consacre un de ses premiers poèmes à ses camarades de régiment et le termine ainsi :
« Je prie la Providence
Que vous reveniez tous,
Oubliant la souffrance
Subie par nos soldats
Au milieu des combats. »

Puis, sous le titre « Pensées d'un conscrit », deux jours avant le départ, notre poète écrit :
« Grand Dieu ! Dans quelle tristesse je me trouve, aujourd'hui, plongé,
Car il faut quitter ma famille
Pour défendre la Nation,
Aussi l'amour d'une fille,
Ciel, ç'en est une compassion. »

Enfin, c'est la capitulation et l'avènement de la République :
« Hier, à Sedan, on a vu Bonaparte
Honteusement aller capituler
Sans réfléchir que l'histoire et la carte
Des empereurs est exprès pour parler.
0 Liberté, ô toi qui es si belle,
Pour toi, tous les Français sont prêts à souffrir.
Que sur toi sefonde la Paix universelle,
O Liberté ! Pour toi prêts à mourir »

Nous arrêtons ici les citations du poète de Prayssas. En terminant, rappelons que Frédéric Roumanès est décédé, à Prayssas, le 30 octobre 1893. On peut dire que si sa vie fut courte, elle fut bien remplie.