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La course automobile Bordeaux- Agen du dimanche 29 mai 1898.

Il y a plus de 65 ans, le dimanche 29 mai 1898, notre bonne ville d'Agen était en fête. A la vérité, il s'agissait dune fête d'un nouveau genre. C'est ce qui excitait la curiosité. Des voitures automobiles ou des « voitures sans chevaux » allaient participer à une course sur route entre Bordeaux et Agen. Le parcours en était de quelque 140 kilomètres.

Les courses sur route avaient débuté depuis quelques années seulement. Une des toutes premières fut une course cycliste, disputée en 1869, entre Paris et Rouen. Une autre compétition, dont l'histoire Sportive a gardé le souvenir, est la course, également cycliste, de septembre 1891. Paris-Brest aller et retour, soit 1.210 km. Terront, le vainqueur, fit le parcours en 71 heures, soit à la vitesse de 16 km. 800 à l'heure, tandis qu'une voiture automobile, qui avait suivi la course, fut en retard sur le vélo, ayant marché seulement a. 14 km. 71 l'heure. Depuis, l'auto a pris sa revanche.

Mais revenons à la course Bordeaux-Agen. Elle était organisée par l'Automobile-Club du Midi. Il y eut 43 engagés. Le Parcours suivait la route nationale 113, avec trois contrôles, à Langon, Marmande et Tonneins. Le départ fut donné à 6h30 sur le boulevard de Talence à Bordeaux. Les partants étaient seulement au nombre de 17.

La course se déroula sans incident, ni accident. A Agen, pour assister a l'arrivée, une foule compacte avait pris place sur les trottoirs, depuis le faubourg de Rouquet jusqu'au Gravier. Le jury devant juger l'arrivée, était installé sur le Gravier, devant le Café Russe. C'était le temps où tout était à l'alliance franco-russe. Le Café Russe n'existe plus. Il était à côte du Café Foy, dans un local occupé, actuellement, par une agence de tracteurs.

Des que la première auto fut signalée, ce fut un grand enthousiasme. Les abords du contrôle furent envahis par une foule de spectateurs. Des précautions durent être prises par lapolice pour permettre aux concurrents de venir signer la feuille d'arrivée. Des vivats et des applaudissements nourris saluaient chaque nouvel arrivant. Les plus enthousiastes se précipitaient pour féliciter les conducteurs. Déjà le public agenais montrait combien il était sportif.

La voiture, arrivée la première, était une voiture Peugeot, rangée dans la catégorie de la voiture« duc ». Elle était conduite par M. Petit, de Montbéliard. Elle transportait, en plus du conducteur, deux voyageurs. Précisons qu'il était 12 h. 39' 15" quand cette voiture franchit la ligne d’arrivée.

La seconde voiture parvint au but à 12 h. 53' 12". C'était un motocycle. La troisième voiture arriva à 12 h. 53' 27", la quatrième à 12 h. 53' 49". Il serait fastidieux de donner la nomenclature de toutes les voitures. Nous dirons néanmoins, que la 17° et dernière voiture arriva à 13 h. 35'38", soit avec un retard de 56 minutes sur la première. La vitesse de marche des concurrents fut donc assez homogène.

Nous ajouterons que Petit, le gagnant de Bordeaux-Agen, devait se classer également en tête de la course Paris-Marseille et retour, en octobre 1898, en conduisant un break à la vitesse horaire de22 km. 68. Ce même dimanche, en liaison avec la course, il y eut le congrès des automobilistes du Sud-Ouest.

En ouvrant la séance, M. le Sénateur Chaumie, maire d'Agen, souhaita une cordiale bienvenue aux congressistes. M. le docteur Creuzan, président de l'Automobile Club, remercia M. Chaumié des paroles aimables qu'il venait de prononcer. Puis il aborda les questions techniques. Il protesta contre la réglementation absurde qui tentait d'enrayer ce nouveau mode de locomotion. Puis il demanda que les règlements sur la circulation des autos soient appliqués avec une certaine rigueur en vue d’éviter les accidents.

Des congressistes déposèrent des vœux relatifs au mauvais état des routes, aux impôts sur les autos considérés comme trop élevés. On demandait aussi que les dépôts d’essence soient plus nombreux. Certains de ces vœux sont encore d’actualité.

Pendant que se tenait le congrès, les autos ayant participé à la course étaient offertes pour la contemplation des Agenais. Elles reçurent de très nombreux visiteurs. On pouvait y voir des motocycles, des phaëtons, des charrettes anglaises, des Dog cars et des ducs, car les carrosseries des premières autos ressemblaient celles des voitures hippomobiles et portaient les mêmes noms.

Vers 6 heures l'exposition se termina par un morceau de circonstance : « l'Automobile-Polka », marche de Salabert, jouée par la musique des pompiers agenais.

Les voitures sortirent, alors, de la halle pour prendre part à un défilé dans les rues d'Agen au milieu de -l'allégresse générale.

A 8 heures, un banquet de 75 couverts fut servi à l'hôtel des Ambassadeurs, par le Vatel agenais Viguier qui avait composé en cette occasion un copieux menu Qu'on en juge :

Potage veloute aux perles de Nizan ; Hors-d’œuvre variés ; crevettes roses ; bar sauce hollandaise ; petits pâtés -au godiveau truffés ; filet de bœuf Montmorency ; galantine de pintades truffées à la gelée ; petits pois à la française ; asperges d'Argenteuil ; un dindonneau piqué au cresson; gigot de pré-salé au jus ; entremets ; ananas de Batavia au rhum ; crème anglaise renversée ; sulfane de petits choux glacés ; croquembouche d'oranges au nougat ; petits gâteaux variés ; desserts assortis.

Ces agapes furent marquées par la plus franche gaieté. Au champagne. M. le sénateur Chaumié leva son verre en l'honneur des hôtes d'Agen et de l'automobilisme, « appelé a apporter les progrès de la civilisation dans les bourgades déshéritées de notre belle France. Le docteur Creuzan, président de l’automobile club de Bordeaux, but à la ville d’Agen et à son maire, M. Journu représentant l’Automobile club de France, porta à son tour un toast à la ville d’Agen et à tous les organisateurs d’une fête si bien réussie. Un convive porta alors un toast amusant à Simplice (surnom du rédacteur en chef du journal « La Gironde », et à sa superbe casquette de chauffeur. Avec beaucoup d’à propos, Simplice répondit en buvant à la santé de toute l’assistance.

La journée se termina par un punch offert aux coureurs dans une salle du café Russe, par le Comité agenais d'organisation de la course.

Pour terminer les festivités, le lendemain lundi, une excursion réunit tous les coureurs et automobilistes dans un cadre champêtre, à Bon Encontre.

Avant de se séparer, chacun reçut, en souvenir, une médaille commémorative du meeting d'Agen.