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Des écoliers turbulents au XVII° siècle.

La grave question de l'enseignement avait si bien agité les esprits dans la ville d'Agen vers la fin du XVIe siècle, que l'arrivée des Jésuites et la fondation du Collège en 1561 firent une énorme sensation dans les diverses classes de la société. Pourtant c'était une époque politiquement agitée. Il y avait en effet, la ligue d'un côté et les prétentions du roi de Navarre de l'autre.

Tout allait donc pour le mieux dès l'ouverture du Collège. Les Jésuites enseignaient la grammaire, la rhétorique, la logique, la philosophie naturelle et morale, la théologie, l'histoire et l'écriture sainte. La dialectique, les compositions, les dissertations, constituaient, avec la langue latine parlée couramment par les élèves, le fond de cet enseignement.

Durant les vingt années qui précédèrent la Fronde, un vent d'orage et de turbulence souffla sur le Collège d'Agen. A cette époque, la plupart des écoliers étaient externes. Ils soupaient et couchaient en ville. Ils se réunissaient le soir airs mêmes endroits et formaient une véritable corporation jalouse de son indépendance et de ses privilèges. Celui auquel ils tenaient le plus était de pouvoir, la nuit, courir lesrues, faire du tapage et chercher noise aux honnêtes dames comme aux paisibles bourgeois.

Les choses allèrent si loin que, le 23 avril 1636, les consuls d'Agen se réunirent pour faire défense aux écoliers de porter des armes, de s'assembler, d'élire des chefs. Au surplus, il était fait inhibition et défense à toutes sortes de personnes de battre le pavé de nuit et particulièrement aux écoliers, auxquels était aussi défendu de faire élection d'aucun prieur, ni porter armes sous peine de mille livres d'amendes comme perturbateur du repos du public. Et il est enjoint aux écoliers qui n'étudient pas en la ville d'Agen de se retirer en leur pays. Le lendemain, la publication des ordres susdits eut lieu dans la ville d'Agen et tout particulièrement devant le Collège.

Deux ans plus tard, à l'occasion de l'entrée à Agen de M. de Foulon, magistrat au Parlement de Bordeaux, les consuls renouvellent aux écoliers la défense de former une compagnie à part.

En 1641, de graves désordres ont encore lieu au Collège d'Agen. Les pères jésuites sont obligés d'avoir recours aux consuls pour qu'ils fassent détenir deux jours, à la Maison de Ville, un élève de philosophie qui avait refusé de leur obéir.

Enfin. en 1651, le scandale est si grand que MM. les consuls sortants se croient obligés d'appeler tout particulièrement l'attention de leurs successeurs sur la conduite et la tenue de MM les écoliers : « Nous nous exhortons d'avoir un soin tout particulier du Collège et de visiter parfois les classes pour prévenir les monopoles des écoliers qui se sont grandement émancipés par la licence du temps, jusqu'à vouloir donner la loi à leur maîtres et faire des ligues contre eux pour ne pas observer les règles du Collège, à. quoi nous avons fort insisté ; depuis ces désordres, quelques-uns desdits écoliers, et particulièrement certains, avaient entrepris, sans notre permission, de faire une compagnie où Ils étaient déjà une cinquantaine d'enrôlés. Ce qui était de très périlleuse conséquence ». Et un peu plus loin, ils les adjurent « de faire très expresse défense aux écoliers et autre jeunesse de notre ville de fréquenter tant les brelans que les autres lieux infâmes, où elle se perd et prend de très mauvaises habitudes ».

Il est, enfin, curieux de constater que cette turbulence estudiantine qui avait régné au Collège d'Agen de 1594 à 1652, ne se reproduisit pas pendant les quelque 140 années que dura encore le Collège d'Agen.