Chroniques:

Histoire de France;
Histoire du Pays de Prayssas;
Actions militaires;
Littérature, poésie;
Personnages;
Agenais;
Evènements;
Quotidien;
Religieux;
Paysages;

 

 

 



 
 

Un banquet féminin en 1848.

Dernièrement, un auteur sous le pseudonyme de Jacques de Berrin s'est gaussé de la Société Académique d'Agen parce que celle-ci refuse l'entrée des femmes dans son Association.

A ce sujet, il parait intéressant de rappeler que dans ce même département de Lot-et-Garonne, dans le passé, il y a eu un banquet duquel les hommes étaient exclus.

Cela se passa en 1848. Il était alors organisé un peu partout en France des banquets dans le but de réclamer une réforme électorale et l'établissement de la République.

C'est même à la suite d'un banquet qui eut lieu à Paris, le 24 février 1948, que le Roi Louis-Philippe fut renversé et dut prendre le chemin de l'exil.

Dans notre Lot-et-Garonne, les banquets s'étaient multipliés. Avant ce banquet avait lieu la bénédiction, par le curé de la paroisse, d'un arbre de la liberté, habituellement suivie d'une messe. Vers midi, le repas, ouvert à tous, réunissait des convives. Naturellement il y avait des discours qui étaient nombreux et longs.

Mais revenons au banquet de femmes qui nous occupe. Il se passa à Prayssas, le 15 mai 1848. La République venait d'être proclamée depuis un peu plus de deux mois. Des divisions s'étant produites parmi les hommes de Prayssas, cela donna l'idée aux femmes d'organiser un banquet dont les hommes seraient exclus.

Mme Pradelle qui en avait été l'organisatrice, en devint la présidente. Elle avait à ses côtés six commissaires. Rien ne fut laissé au hasard. Il y eut 150 convives. Tout se passa dans le plus grand ordre. Il est dommage que le menu de ce banquet n'ait pas été gardé. A la fin du repas, des toasts furent portés à la République, aux représentants élus de Lot-et-Garonne, à la Fraternité Universelle.

Ils furent couverts d'applaudissements.

A la suite de ce banquet, le journal de Lot-et-Garonne écrivit « Prayssas gardera longtemps le souvenir de cette fête de famille aussi touchante que curieuse, et, nous espérons que les hommes profiteront de cette sage leçon, qui leur a été donnée par leurs femmes, au milieu de cette solennité patriotique ».

La leçon donnée par les dames de Prayssas, pouvait se lire dans le même journal du 2 août 1848 « Voici le résultat des élections municipales de Prayssas, les conseillers nommés donnent tous des garanties d'intelligence, d'ordre et de moralité. Ils veulent tous une république sage et moderne ».

Quant au mari de Mme la Présidente du banquet, il était d'une personnalité hors de pair. Son ombre devait se profiler sur les murs de la salle du repas.

C'était Philippe Pradelle. Il avait créé, à Prayssas, en 1846, un pensionnat primaire où il enseigna avec succès, pendant 44 ans. Au moment de sa mise à la retraite, il reçut la Croix de la Légion d'Honneur. Il l'avait bien gagnée.

Pour être complet, nous reproduisons l'avis que Philippe Pradelle publia, dans un journal agenais, pour annoncer l'ouverture de son établissement, en novembre 1848 : « Programme des matières qui font l'objet de l'enseignement dans le pensionnat de Prayssas instruction morale et religieuse, lecture, écriture, grammaire française, analyse grammaticale et analyse logique. Cours de composition française et de style épistolaire. Arithmétique, algèbre, géométrie, trigonométrie, arpentage, levée et lavis des plans. Nivellement. Notions de physique et d'histoire naturelle applicables aux usages de la vie. Dessin linéaire et dessin académique. Géographie physique, politique, historique, industrielle, commerciale des cinq parties du monde. Construction des cartes géographiques. Eléments de cosmographie. Histoire universelle. Cours d'agriculture divisé en trois parties : la production des plantes, la production des animaux, l'économie rurale ou la manière de diriger un train de culture. Tenue des livres en partie simple et en partie double. Musique vocale, théorie et pratique ».