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Une coopérative intellectuelle.

Les premières coopératives datent du siècle dernier. Leur but était une mise en commun afin de supprimer les intermédiaires. La coopérative dont nous allons parler est d'un genre tout à fait spécial. Entre ses coopérateurs il n'y a pas de matériel, tout est intellectuel. Ce sont les idées qui sont mises en commun.

A dire vrai, le capital social gravite autour d'un périodique. Celui- ci a pour nom « L'Intermédiaire des chercheurs et curieux ». Les coopérateurs sont de deux sortes. Il y a ceux qui demandent et ceux qui répondent.

Cet intermédiaire a été fondé en 1864. Il portait et porte encore en sous-titre : Recueil des questions et réponses historiques, littéraires, artistiques et de toutes autres curiosités. Un journal du même genre avait été créé en Angleterre. en 1849, sous le nom de « Notes and Queries ».

Pour en revenir à notre « Intermédiaire », son créateur fut Charles Read qui substitua, pour la revue, à son nom, l'anagramme de Carle de Rash.

La famille Read était d'origine écossaise. Elle s'était établie en France à la fin du XVIIIe siècle. Charles Read était né à Paris le 12 janvier 1819. Il avait fait carrière dans l’administration et avait été magistrat et sous-préfet.

En 1893, âgé de 64 ans, Charles Read se retire et remet « L'Intermédiaire » à son ami Lucien Faucou. Celui-ci reste peu de temps à la tète de la revue, emporté en 1894 par une pneumonie. Ainsi commença pour « L'Intermédiaire » une série de directeurs qui furent pour le moins disparates.

« L'Intermédiaire » est alors vendu au général Théodore Lung. Le général Lung meurt, à son tour, le 3 octobre 1896. Sa veuve reste propriétaire de la revue. Celle-ci continue avec divers collaborateurs.

En 1900, « L'Intermédiaire » trouve un nouveau directeur. Celui- ci tiendra pendant 30 ans la barre de « L'Intermédiaire ». Son nom est Montorgueil. Encore un pseudonyme, dira-t-on ? A l'état civil, il figurait sous le nom de Georges Lebesque. Ancien ouvrier imprimeur, Montorgueil s'était instruit lui-même. Il dirigea « L'Intermédiaire » d'une façon remarquable. D'une grande activité, il collaborait à divers journaux. C'est ainsi qu'il était rédacteur parlementaire au journal « L'Eclair » que dirigeait Ernest Judet.

En suivant le fil des jours, au décès de Montorgueil, on trouve comme directeur Jean Compeyrot. Au début de la seconde guerre mondiale, au moment de l'invasion allemande de mai 1940, « L'Intermédiaire » suspend sa publication.

Vingt ans s'écoulent avant que « L'Intermédiaire » revienne à la vie. C'est un véritable magicien, Philippe du Puy de Chinchamps, qui le remet sur pied en signant du nom d'Antoine Bouch. Lorrain, c'était un journaliste. Le moins qu'on puisse dire de lui, c'est qu'il était d'une grande érudition.

Mais il est temps que nous présentions la revue. Elle apparaît sous une pimpante couverture de couleur crème. Sa parution est mensuelle. Chaque numéro comprend une vingtaine de pages. D'abord les demandes, ensuite les réponses, le tout est numéroté, ce qui permet d'établir des tables.

Beaucoup d'intermédiaires emploient des pseudonymes. Nos citerons au hasard : Conélius. Janus. Quœsitor, La Plume au vent. Renard du Gatinais. Rabiolot des lettres, Mam'zelle Clio etc.

A présent, nous allons reproduire une réponse. La question qui avait été posée était celle d'avoir des renseignements sur les sociétés académiques de France.

La réponse que nous publions concerne notre Société académique d'Agen. Elle a paru dans le fascicule de mai 1964. La voici : « La Société des sciences, lettres et arts d'Agen devint très vite pour ses membres, la Société académique, et pour les Agenais, l'Académie d'Agen. Cela les posait et ne faisait de tort à personne. Quand j'étais enfant et que nous passions devant la maison de l'Académie, nous avions une vénération sacrée pour ce que nous appelions le cerveau de la cité. Ma vie estudiantine changea mon admiration, et mes camarades et moi, dont l'âge est sans pitié appelèrent l'Académie « les fines herbes ». Le sort a eu sa revanche quand je fus un jour admis dans cette docte assemblée. Depuis j'ai oublié les plaisanteries d'hier pour ne parler que de l'Académie d'Agen.

Etait-ce à l'origine, une société secrète ? Au XVIIIe siècle, tout cénacle qui se formait, était plus ou moins suspect. Le régime ne voyait pas d'un bon œil de pareilles sociétés. De plus, le fait que les femmes n'étaient .pas admises, faisait croire que la politique, plus que les sciences, était l'objet des réunions. Aujourd'hui encore on n'a pas ouvert nos portes au sexe faible, imitant l'Académie française (1).

De nos jours la Société n'est plus secrète, elle traite surtout de l'histoire locale. Elle accepte dans ses rangs des hommes d'horizons les plus divers. M. l'Inspecteur d'académie en a présidé les assises en 1962. Son successeur n'en fut rien moins que l'évêque d'Agen (1963 a cédé sa place à un de ses prêtres en 1964) (2).

Ajoutons que la devise de la Société : « Nexu sociantur amico » (3) est une belle devise qui conviendrait à « L'Intermédiaire ». Acetus. »

Avant de terminer nous indiquerons que « L'Intermédiaire des chercheurs et curieux » est en lecture à la bibliothèque municipale d'Agen. Enfin « L'Intermédiaire » est actuellement dirigé par Gérard de Villeneuve et Gaspard Lemoyne.

 

(1) En ce moment les femmes sont admises.
(2) L’abbé Billières.
(3)Ils sont unis par un lien amical.