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Une bien curieuse mystification.

Ce que nous allons raconter s'est passé en 1832.

En cette année 1832, des fouilles archéologiques subventionnées par l'Etat furent entreprises dans la Garenne, à Nérac, sous la direction de Jean-Baptiste Lespiault. Celui-ci s'y s'adjoignit, en 1833, un certain Chrétin pour la surveillance des travaux.

Avant d'aller plus loin, nous allons faire le portrait de Maximilien-Théodore Chrétin, puisque c'est lui le principal artisan de la fameuse mystification. Il était né à Paris, en 1797. Il se disait neveu de Robespierre. A 15 ans, il s'était engagé dans les dragons. Ainsi il assista aux dernières campagnes de l'Empire et prit son congé à Auch. Comme il connaissait le dessin, il fut professeur en cette matière au collège du chef-lieu du Gers. En 1825, il était venu à Nérac, s'y était marié et avait ouvert un atelier de peinture.

Quelque temps après avoir été installé à l'entreprise des fouilles de Nérac, Chrétin proposa et vendit à la Société archéologique de Toulouse des médaillons, inscriptions et bas-reliefs qu'il prétendait avoir découverts. On y remarquait un médaillon avec inscriptions tauroboliques, au revers des inscriptions, l'une commençait par ces sigles, D. I.T.I.M. et l'autre D.I.T.I.P. Enfin, et surtout, il y avait les deux Tétricus (empereurs romains du IIIe siècle) en un quadrige triomphal aux portes de Bordeaux.

Tout cela s'ébruita et appela l'attention des archéologues. Des récompenses arrivèrent pour ceux qui s'étaient associés aux fouilles. Alexandre de Mège eut une médaille d'or décernée par l'Institut.
Chrétin reçut une médaille d'argent.

Prosper Mérimée et Vitet, inspecteurs des monuments historiques, exprimèrent leur admiration. Jouannet, de Bordeaux. le marquis de Castellane, président de la Société archéologique du Midi, et bien d'autres, étaient dans l'enthousiasme.

Tout allait pour le mieux quand Paul Hase, de l'Institut, s'avisa de mettre en doute l'authenticité de tout ou de partie des monuments en question, doutes auxquels l'opinion du baron de Sacy vint donner encore plus de poids.

Une commission fut nommée. La supercherie fut reconnue, Le retentissement de l'affaire, et aussi des dénonciations nombreuses, inspirèrent à la municipalité néracaise la résolution de revendiquer les pseudo antiquités.

Des poursuites judiciaires, à la requête du maire de Nérac, comme partie civile, et du ministère public, furent dirigées contre Chrétin et son beau-frère Lalard, pour soustraction frauduleuse d'objets ayant une valeur. Le tribunal de Nérac consacra six audiences àl'examen de cette affaire. Malgré les efforts de Me Samazeuil, avocat de la mairie de Nérac, un acquittement fut prononcé le 30 août 1835. A quelque temps de là, la Cour d'appel d'Agen confirma le jugement rendu par le tribunal de Nérac

Les débats de ce procès sont curieux et prouvent la ténacité des convictions archéologiques. Quoique Chrétin ait avoué sa supercherie, certains doutaient encore. Il était dur de voir s'envoler de charmantes illusions et surtout de perdre le fruit de laborieuses études. Pourtant Chrétin avait introduit dans la discussion une note de haut comique en avouant qu'une de sesinscriptions, qui avait le plus tourmenté certains archéologues : M.T.C.N.D.P., signifiait tout simplement : Maximilien-Théodore Chrétin, natif de Paris.

Cette mystification épique donna lieu à. une foule de rapports, mémoires, descriptions et études ainsi qu'à un grand nombre d'articles de journaux. Même « Le Temps », de Paris, consacra un article sur les prétendues antiquités de Nérac.

Quant à Chrétin, il quitta Nérac, il travailla comme sculpteur à Toulouse, Bordeaux et Paris. Il finit, dit-on, dans une échoppe de brocanteur. Samazeuil prétendit qu'on le vit, lors de la révolution de 1848, sur une barricade parisienne.