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Un poète occitan : Cortète de Prades.

Depuis un certain temps, on pouvait croire que les œuvres de Cortète de Prades (1586-1667) avaient subi quelque déclin. Il n'en est rien puisque récemment, la société agenaise des Amis des arts avait mis au programme d'une de ses matinées artistiques, un extrait de Miramoundo. Nous nous en réjouissons et allons lui consacrer notre chronique.

François de Cortète, seigneur de Prades et de Cambes (aujourd'hui communes de Castelculier et de Pont-du-Casse), était né en 1586. Il appartenait à une bonne famille agenaise que l'on retrouve dans la magistrature et dans l'armée. Nous connaissons, parmi ses ascendants : Martial de Cortète, juge d'Agenais et lieutenant général du Sénéchal, né vers 1450 et puis Jean-Jacques de Cortète, mort en 1630. Ce fut le père de notre auteur François de Cortète. Sa mère était Marguerite de Durfort.

François fit ses études au collège d'Agen, tenu par les Jésuites, qui était très réputé et qui se trouvait dans la rue Grande-Horloge.

Puis, destiné à la carrière militaire, il fut page de François d'Esparbés de Lussan, comte d'Aubeterre, plus tard maréchal de France, alors gouverneur du château de Blaye.

Dans la suite, il eut peut-être quelque commandement sous les ordres de ce chef, mais cela ne nous est pas connu.

Le 16 janvier 1608, par devant Barthélemy Bonde, notaire royal à Valence-d'Agen, il épouse sa cousine Jeanne de Caumont. Le 3 octobre 1619, il est reçu habitant d'Agen. Après on perd sa trace.

On le retrouve, sous les ordres du petit-fils de Blaise de Montluc, comte Adrien de Montluc, comte de Carmaing, gouverneur du pays de Foix.

En 1639, il partit, à la tête de cinq à six cents hommes, pour le siège de Fontarabie. Il participa à la prise de Salve, au nord de Perpignan. Immédiatement après il vint se fixer pour toujours en Agenais. Là, il fut de nouveau en rapports avec son général, le comte de Carmaing. Ce dernier était un bel esprit de la cour de Louis XIII.

C'est probablement cette rencontre qui a donné l'idée à François Cortète d'écrire dans ce parler agenais, presque deux siècles avant Jasmin. Ainsi, il composa des pièces de théâtre sans, ce qui est rare, songer à les faire jouer.

Enfin devenu veuf et âgé. François de Cortète se retira chez son fils ainé Maximilien, alors curé de Hautefage. Il mourut le 3 septembre 1667, à l'âge de 81 ans. Son corps repose dans la chapelle de Saint- Christophe, hameau qui dépend de la commune de Lafox. Une plaque commémorative y a été apposée en 1958.

François de Cortète a écrit trois comédies en cinq actes. La première se nomme Ramounet avec pour sous-titre « Lou paisan agenés tournat de la guerre ». C'est une demi- farce qui se passe aux environs de Saint-Pierre-de-Clairac.

La suivante est la Miramoundo, pastorale sentimentale, qui met en scène des paysans entre Séoune et Garonne.

Enfin, il y a Sancho Pança, comédie de da bonne manière. Le sujet en est fourni par Cervantés. Pour transporter à la scène les mésaventures du bon écuyer, notre dramaturge gascon s'est souvenu de plusieurs passages de Cervantés en y ajoutant des traits bien en harmonie avec le sujet original. Ainsi il s'est révélé un adaptateur habile.

Entre-temps, Cortète écrivit « Las lèrmos del Grabe d'Agen » (Les larmes du Gravier) inspirées par le mauvais état de la promenade agenaise que la Garonne ravageait lors des inondations, car les quais n'étaient pas encore construits. Ils le furent seulement dans les débuts du XIXe siècle.

Un félibre et éminent lettré, Charles Ratier a réuni en un seul volume toutes les œuvres de Cor- tète, collationnées sur les manuscrits de l'auteur et accompagnées d'un glossaire. Ce livre parut en 1915.

Maintenant pour être complet, il faut raconter l'histoire du buste du poète occitan. Le 9 août 1890, les félibres et cigaliers de Paris étaient reçus en gare d'Agen. Il y avait notamment Anatole France, Charles Mauras et Paul Arène. Ils apportaient le buste de François de Cortète, œuvre du sculpteur ami. Ce buste resta exposé à la vue des Agenais pendant un peu plus d'un siècle. Il a fallu que ce buste disparaisse sous les démoniaques coups de marteau donnés par des soldats de l'armée allemande, en 1943, pour être transformé en obus. Comme petite compensation, le Conseil municipal d'Agen donna, en 1964, le nom de Cortète de Prades à une rue d'Agen.