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La tragique nuit du 8 juin 1944.

La récente mort de Mgr Rodié qui fut évêque d'Agen, pendant 18 ans, ramène l'attention sur cette n'ait du 8 juin 1944, au cours de laquelle notre évêque fut arrêté par les autorités allemandes. Voici les faits :

Dans cette nuit du 8 au 9 juin 1944, la Gestapo se montra très active tant à Agen que dans de nombreuses villes du Sud-Ouest. Les alliés débarquaient depuis plus de 48 heures, en nombre et sans arrêt, sur les plages normandes. Une tête de pont était établie dans la région de Bayeux. La prédiction d'Hitler que les Anglo-Américains ne pourraient se maintenir plus de neuf heures sur le continent, s'avérait fausse. Aussi les Allemands étaient-ils nerveux ! Ils pensaient intimider les Français en procédant à des arrestations massives des hauts dignitaires de l'Eglise catholique et des principaux fonctionnaires.

C'est ainsi que, dans cette nuit du 8 juin, furent arrêtés, à Agen, comme nous venons de le dire. Monseigneur Rodié qui eut à peine le temps d'embrasser sa vieille maman ; M. Tuaillon, préfet ; M. Brunon, son chef de cabinet ; M. Brochard, sous-préfet de Nérac ; M. Bonnat, maire d'Agen ; M. Niel, directeur des Postes, et M. Barthet, chef de la Sûreté agenaise.

Au petit jour, ces personnalités sa trouvèrent réunies dans les locaux de la Gestapo de la rue Louis Vivent. Dans la matinée on leur fit prendre le train pour Toulouse. Là le panier à salade les conduisit de la gare Matabiau à la prison Saint Michel. Dans cette prison, le groupe d'Agen retrouva d'autres personnes de marque, car cette même nuit, la police allemande avait également opéré à Toulouse. Montauban et Albi. Parmi les détenus, il y avait de nombreux professeurs de l'Institut Catholique de Toulouse avec leur recteur. Mgr de Solages, ainsi que Mgr Théas, le vaillant évêque de Montauban et M. Albert Sarraut, ancien président du conseil des ministres ; M. Baylet, directeur du journal « La Dépêche ».

Les Allemands auraient bien voulu arrêter également Mgr Ruch, évêque de Strasbourg, replié en Dordogne depuis le début de la guerre. Mais le prélat qui avait pu être prévenu de son arrestation prochaine, avait trouvé un refuge au couvent des religieuses de Montpezat-d’Agenais.

A la prison de Toulouse, ces détenus d'un nouveau genre trompaient de leur mieux l'ennui et la monotonie de leur situation : Mgr de Solages évoquait la Bible et l'Ecriture Sainte tandis que Mgr Rodié, pour remonter le moral de chacun avait, à tout instant, une bonne histoire à raconter.

Le 15 juin, à 8 heures du matin, eut lieu le départ de Toulouse pour Compiègne. M. l'abbé Decahors a donné dans le bulletin de l'Institut Catholique de Toulouse, le récit de ce voyage dont il faisait partie.

A Compiègne, où ils parvinrent, après avoir été dirigés pendant quatre jours sur différentes voies ferrées, les détenus furent enfermés au camp de Royallieu. La vie y était monotone : à 7 heures, lever, jus, appel à 8 heures, pendant la journée, diverses corvées de nettoyage, repas à midi, dernier appel à 19 heures, coucher.

Le 22 Pain, Mgr Rodié fut libéré et put rentrer dans sa ville épiscopale.

Mais, à l'approche des alliés, les Allemands décidèrent d'évacuer le camp de Royallieu sur l'Allemagne. Comme ils manquaient de wagons, ils libérèrent la moitié des prisonniers, Mgr Théas fut de ce nombre.

A Neuegamme, nouveau lieu de déportation, le groupe de Toulouse se reforma et fut mis au block 29. Ils n'étaient pas soumis an travail. Mais, ils étaient au secret, ne pouvant ni écrire à leurs familles, ni recevoir des paquets.

L'abbé Decahors a raconté comment le groupe toulousain put organiser une bibliothèque. Voici son récit : « Je fus chargé de la bibliothèque de notre groupe, avec deux collègues exquis : M. Cressols, professeur a la faculté des Lettres de. Nancy, causeur charmant dont la parole était brillante et la pensée audacieuse ; M. Bonnat, maire d'Agen, chartiste de formation et archiviste de métier. Le bon Monsieur Bonnat ! Quel soin il avait de ses fiches et de ses livres. Et quel coup au cœur quand le livre revenait, les pages de garde couvertes de chiffres mis par des bridgeurs enragés, les feuillets écornés ou arrachés ! Quelle rancœur, quand, chose pire, le livre ne revenait pas ! Souvent un volume passait de main en main sans que le prêt fût officiellement entériné. Ce prêt entre particuliers prit le nom de prêt au marché noir. Il était tarifé une cigarette. Tel fumeur invétéré ayant mis régulièrement la main sur un roman pour midinettes s'assura, en le prêtant autour de lui, son tabac pour. plusieurs semaines. »

En avril 1945, les Alliés sont à cent kilomètres de Neuegamme. Aussi le camp est-il de nouveau évacué. Après 15 jours d'un dur voyage, le groupe de Toulouse se trouve à Bénézov, en Tchécoslovaquie. C'est là qu'à 11 heures du soir, le 8 mai 1945, les détenus apprirent la capitulation de l'Allemagne. M. l'abbé Decahors rapporte qu'il y eut dans le camp un rassemblement, avec un discours patriotique. Un camarade réclama, à défaut de champagne, le jus et à défaut de réveillon, un casse- croûte.

Peu de temps après, les prisonniers commencèrent à prendre le chemin de la France. Dix-sept détenus parmi ceux arrêtés le 8 juin 1944 dans le Sud-Ouest, étaient morts sur la terre d'exil. Un dix huitième ne devait également pas revenir. C'était M. Bonnat. Le 9 mai, onze mois après son arrestation, il était entré à l'hôpital, atteint du typhus. Il y Mourut le 27 du même mois. En quittant sa maison d'Agen, il avait eu le pressentiment de cette triste fin et avait dit à sa femme, au moment des adieux : « Tu ne me reverras plus ! »

En terminant, on nous permettra d'exprimer le souhait que soient ramenés un jour les restes de René Bonnat, à Agen, où il fut maire dans des circonstances difficiles, directeur des Archives départementales, secrétaire de notre Société Académique. Si ce retour était possible, on pourrait donner dans sa ville, à André Bonnat, une sépulture digne de lui.