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Un Véronèse à Prayssas.

Prayssas possède une agréable promenade: les allées Sainte-Anne. Autrefois, il y avait une chapelle dédiée à la sainte sur ces allées. Elle a disparu depuis longtemps.

L'autre jour, je faisais un tour sur ces allées Sainte-Anne, à la recherche du soleil d'automne. Lorsqu'un ami m'appela. « J'ai, dit-il, quelque chose à vous montrer ». Il me fit, alors, entrer dans une grande pièce, à la fois salon et bureau. Et, en me désignant un tableau qui ornait cette pièce, il me dit :
« Vous connaissez Paul Véronèse, un des grands peintres de la Renaissance italienne. Son père, Gabriele Galiari, était sculpteur. Le jeune Paul qui était né a Vérone en 1528, bifurqua vers la peinture. Par la suite, il devait être connu sous le nom du 'Véronèse. A 20 ans, il avait déjà une certaine réputation, si bien que le cardinal Escola Gonzaga lui demanda de décorer le dôme de Mantoue dont il était évêque. C'est alors que Paul Véronèse peignit le tableau auquel on a donné le nom de « La tentation de saint Antoine ». Et mon interlocuteur termina en me disant : « Le tableau, que nous avons en ce moment sous les yeux, est-il une copie, une étude ou une esquisse du tableau primitif ? » Sur ces mots nous nous quittâmes.

Rentré chez moi, fort intrigué, je me mis à me documenter sur le tableau que je venais de voir.
Et d'abord, quel était ce saint Antoine qui inspira le tableau dont nous nous occupons ? Ainsi j'appris que saint Antoine, dit le Grand, fut un des instituteurs de la vie monastique dans le désert de la Haute Egypte. Pendant les quinze premières années de son séjour au désert, la tradition rapporte qu'il fut obsédé de visions, ces fameuses tentations qui sont restées célèbres.

Dans la suite des temps, la « Tentation de Saint Antoine » fut le titre de nombreux tableaux. Des toiles sur ce sujet figurent dans les musées de Madrid, Venise, Gènes, Dresde, Leyde, le Louvre, à Paris et Caen.

Ensuite j'ai cherché à mieux connaître Véronèse. A ce propos, le critique d'art, Jean Desternes a écrit : « Dans presque toutes ses œuvres, Véronèse a glorifié Venise, Reine du Monde. Des filles blondes de l'Olympe se contorsionnent au plafond, sur la ouate des nuages. On lui a aussi reproché d'avoir fait dans sa toile du « Repas du Christ chez Lévi », un festin princier. Et puis, un des convives se cure les dents avec sa fourchette pendant qu'un négrillon s'amuse avec un nain, et un chien attend que le voisin de Jésus ait découpé le gigot. Le Saint Office s'offusqua de ces bouffonneries, mais Véronèse répliqua qu'il peignait, non des idées, mais des figures. On aurait tort du reste de le croire mécréant ; il était si pieux qu'il en est mort, ayant suivi tête nue une procession un jour de pluie ».
C'était en 1588. Véronèse avait à peine soixante ans, malgré cela, travailleur infatigable, il laissait une œuvre considérable.

Un littérateur, Gustave Flaubert, fut, lui aussi, c'est le cas de le dire, « tenté » par le sujet de cette fameuse « Tentation de saint Antoine ». L'idée d'écrire le roman que l'on sait lui vint après avoir vu, au musée de Gênes, un tableau de Breughel, sur la tentation du saint ermite.
Pour en revenir au tableau que m'avait montré mon ami, je trouvais un peu anormal que ce tableau ne représente guère une vraie tentation. En effet, le motif principal de la toile Véronèse était une femme fort belle. Son profil était très fin. Son décolleté montrait une plantureuse poitrine avec des seins proéminents. Une chevelure très soignée, avec des boucles toutes frisottées entourait le visage de la belle. A son côté était un homme qui penchait sa figure sur son bras gauche. A ses pieds, on voyait un autre homme, celui-là terrassé Pour qu'il souffre encore davantage, la belle cherchait a l'écorcher avec ses ongles. A mon avis, la sensation que l'on retire à la vue de ce tableau est assez macabre.

A quelque temps de la, je retournais voir mon ami des allées Sainte-Anne. La conversation reprit de suite sur le tableau de Véronèse. Mon ami me dit : « L'original de la « Tentation de saint Antoine » passe, actuellement pour être en France, au musée de Caen. Mais cette toile ne peut être l'original. En effet, la peinture primitive de Véronèse a été détruite lors de l'incendie de la cathédrale de Mantoue.

«Le tableau, ajoute mon ami, que nous avons ici sous les yeux, semble être, soit une étude effectuée durant la jeunesse de Véronèse, avec couleur brune rappelant l'école de Bologne, soit une copie avec modification de la couleur. Quant au tableau de Caen, il était, avant la guerre de 1939, d'un ton uniformément rose. Or cette couleur rose a disparu sur la toile exposée auPetit Palais, à Paris, au début de 1966, lors de l'Exposition des Peintres du XVI° siècle. On la retrouve alors avec les couleurs classiques des tableaux de Véronèse, le vert et le blond. Avouez que ce changement de couleurs a quelque chose de troublant!

Notre conclusion, en terminant ces quelques notes, sera que, avec la disparition du tableau original, lors de l'incendie de Mantoue, il est très possible que les deux toiles existant à l'heure actuelle, celle de Caen et celle de Prayssas, soient dues au même pinceau du grand peintre italien. Ce qui ajoute du poids en faveur de cette opinion est que la finesse du dessin est identique dans les deux tableaux.