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Technocratie et technocrates.

Des mots nouveaux ont, depuis un certain temps, envahi notre vocabulaire. Technocratie et technocrates sont de ce nombre. Dans les lignes qui suivent, nous allons essayer d'en préciser le sens. Ensuite, nous esquisserons une courte histoire de la technocratie et des technocrates.

Tout d'abord, dans le dictionnaire Larousse du XXe siècle, et à plus forte raison, dans le Littré, il n'est nullement question de technocratie et des technocrates. Il faut attendre la parution du dernier Larousse en 10 volumes, pour trouver ces définitions.

Les voici : « La technocratie est un système politique dans lequel l'influence déterminante appartient aux techniciens de l'Administration. » Notons tout de suite, dans cette définition la part qu'occupe l'Administration.

Quant aux technocrates « Ils sont des hommes d'Etat ou des fonctionnaires qui exercent leur autorité, en fonction d'études théoriques approfondies des mécanismes économiques, mais sans tenir suffisamment compte des facteurs humains. »

Nous ajouterons à ces définitions une citation extraite d'un récent article paru dans la « Revue des Deux Mondes » sous la signature de Pierre Marcilhacy, ancien candidat à la Présidence de la République : « Nous voyons la manifestation outrancière de ce que nous appelons la technocratie qui livre, en fait, l'activité nationale à de petits barons qui sont amenés à jouer un rôle pour lequel ils ne sont pas formés. »

On a pu, également, écrire : « La technocratie est l'ennemi numéro un du libéralisme économique ; il est un fils légitime, dans certains cas, naturel ou adultérin dans d'autres, des révolutions marxistes ou nationales-socialistes. »

Au point de vue historique, la technocratie a débuté en 1930. Un mutilé nommé Coutrot, l'homme à la jambe articulée, en a été le premier propagandiste. Tout d'abord, on se réunissait chez Yves Bouthillier, inspecteur des Finances et ancien élève de Centrale, qui fut plus tard ministre de Paul Reynaud et du maréchal Pétain. La personnalité de Bouthillier mérite qu'on s'y arrête un instant. On a dit de lui qu'il avait le sens de l'histoire et le goût des idées générales. Il fut ministre des Finances de 1940 à 1942. Dans l'entourage du maréchal Pétain, il fut le ministre le plus écouté. A la libération, il fut condamné par la Cour de Justice à trois ans de prison.

Mais revenons aux premiers technocrates. Ils fondèrent le groupe X-Crise. Et tout de suite, on mena une propagande très active. Aux promoteurs vinrent s'ajouter Louis Vallon, Jules Moch et Jacques Rueff. Comme on le voit ce milieu était assez hétéroclite. Des colloques à. Royaumont, à Pontigny et des groupes d'études furent créés.

En 1936, les technocrates essayèrent de profiter du Front Populaire. Ils le surnommèrent « la force lyrique ». On les retrouve dans l'entourage de Dautry. Avec le temps, le groupe s'est encore augmenté d'Albert Sauvy, Pierre Macé, René Belin, Jacques Barnaud et Richelonne.

Après la défaite de 1940, Bouthillier, tandis qu'il prenait, comme nous l'avons dit, le Ministère des Finances, fit nommer René Belin ministre du Travail. René Belin avait été secrétaire général adjoint de la C.G.T. aux côtés de Léon Jouhaud. Au conseil des ministres de Vichy, il garda son franc-parler et eut une certaine influence sur la marche des affaires. Pendant l'occupation, Coutrot mourut mystérieusement. Richelonne, lui aussi, disparut en 1944, après son enlèvement par les S.S.

En définitive, la technocratie, dans l'ensemble, s'était tenue à l'écart des partis, cela lui permit de passer de la Troisième République au gouvernement de Vichy et de celui-ci au groupe de la Libération. Mais ce dernier passage ne se fit pas par le truchement des personnes, à cause de l'épuration, mais par celui des Idées.

Dans ses mémoires, le général de Gaulle a été obligé de reconnaître que « les technocrates du régime de Vichy s'étaient conduite avec une extrême habileté ».

Actuellement, on doit constater que les technocrates se sont introduits un peu partout. Jacques Rueff s'est fait élire à l'Académie Française. Et un collaborateur de la « Revue des Deux Mondes » assurait que le cardinal Veuillot, archevêque de Paris, aujourd'hui décédé, était, lui aussi, un technocrate.

Dans l'agriculture, les principes technocratiques sont, à l'heure présente, les grands maîtres. De n'importe quel côté que l'on se tourne, on reconnait l'empreinte d'un technocrate.

Mais, en ce moment, on peut se demander ce que sont devenus ces fameux technocrates ?

A leur sujet, André Stibio écrit dans le dernier numéro de « Carrefour » : « Les amis de M. Couve de Murville sont en rapports étroits avec la technocratie militante. Les technocrates, en effet, ont un savoir de virtuoses avec lequel ils jonglent merveilleusement. »