La Masse de Prayssas;
La démographie de la vallée;
le village de Cours;
Prayssas;
Frégimont; l'église de Gaujac;
La famille Dumas, au Peyrot de l'Homme;
Bazens et son prélat;
Laugnac;
Lusignan-Petit et Mélusine;
Clermont-Dessous.

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Prayssas

Maintenant nous parvenons à Prayssas, chef-lieu du canton qui porte son nom.

Tout d’abord, nous allons vous lire le récit que fit de son arrivée à Prayssas, Louis Ernié dans Petite Gironde du 29 septembre 1931 :

« La route qui conduit à Prayssas abandonne bientôt une vallée souriante, se complique de lacets, frissonne de tous ses hauts peupliers et longe soudain le flanc ensoleillé d’une colline toute quadrillée de vignobles. Debout, jetée en plein ciel, comme soulevée par quelque poigne gigantesque, Prayssas dresse la flèche de son clocher, l’amas fidèle de ses petits toits rouges, défie orgueilleusement les caprices des saisons. Comme un symbole, Prayssas domine, Prayssas appelle… »

Moins lyrique fut M. Moulliez, procureur impérial, sous le second empire à Agen, lorsqu’il écrivit, il y a plus de cent ans un petit livre sur Prayssas…On peut lire dans ce livre que « Prayssas est une des plus anciennes localités de notre Agenais. L’époque de sa fondation est complètement inconnue. Son nom a été diversement orthographié. Les anciennes cartes le nomment tantôt Preicha. Aujourd’hui on l’appelle Prayssas en français et Preicha en patois.

Dès le 13° siècle, Prayssas était un fief sans cesser d‘être une propriété seigneurale. Prayssas avait encore un seigneur en 1789. Il y avait aussi un juge assisté d’un procureur requérant au nom du seigneur. On pouvait faire appel devant le lieutenant criminel à Agen.

Au point de vue urbanisme, une particularité de Prayssas est d’être bâtie en un rond parfait autour de son église. Elle était entourée de remparts avec un chemin de ronde. Il y avait aussi plusieurs portes que l’on fermait la nuit. Il est bien dommage que ces portes aient été démolies. Quand les temps devinrent plus sûrs, on commença à bâtir en dehors du mur d’enceinte. C’est ainsi que se développèrent les allées Sainte-Anne. Au fond des allées, il y avait une chapelle de la sainte. Elle est aujourd’hui disparue.

Mais revenons vers l’église. Celle-ci se compose de deux parties. L’une comprend une absidiale romane. Dans celle-ci, se trouve une fresque qui représente le christ entouré des quatre évangélistes sous leurs attributs respectifs : le lion de Saint Marc, l’ange de Saint Mathieu, le bœuf représente Saint Luc et un aigle, Saint Jean.

L’auteur de cette fresque qui semble dater du 15° siècle est inconnu. A notre avis, cette fresque qui est en très mauvais état mériterait d’être restaurée.

Quant à l’autre partie de l’église, plus récente, (15° siècle) elle a été remaniée par notre confrère, M. l’abbé Fonda, l’actuel archiprêtre de Prayssas.

L’ancien château des seigneurs de Prayssas se trouvait enclavé dans la partie ouest des remparts. Sous le second empire, il fut transformé en mairie et justice de paix. De ce fait, mairie et justice de paix sont bien aménagées. Comme on le sait, la justice de paix a été malencontreusement supprimée en 1959. Quant à la mairie, elle demeure. Du fait de la suppression de la justice de paix, la salle des fêtes a été agrandie. Quant au rez-de-chaussée, il fut aménagé pendant le second empire en halle où se tenaient d’importants marchés hebdomadaires surtout à la saison de la prune d’ente. Malheureusement, la municipalité de Prayssas a rompu l’harmonie de cette halle en y faisant installer un garage pour la pompe à incendie de la commune.

Auparavant, dans ce même château, dès 1846, se trouvait la pension Pradelle, établissement d’enseignement, ayant des externes et des internes, qui devint rapidement très prospère. Par la suite, pour s’agrandir, cette pension fut transférée sur les allées Sainte-Anne, dans l’immeuble où se trouve, en ce moment, l’école des garçons. Son fondateur et directeur, Jean Philippe Pradelle y enseigna pendant 44 ans. Il ne néglige pas de donner à ses élèves des notions d’agriculture. Dans ce but, il publia un gros volume qui était un cours d’agriculture à l’usage des élèves des écoles primaires. Au moment de sa retraite, Philippe Pradelle reçut la croix de la Légion d’Honneur. Il l’avait bien gagnée. Sa petite fille, Madame Amians, née marguerite Pradelle, habite encore à Prayssas. Nous lui adressons nos bien respectueuses salutations. A propos de la pension Pradelle, nous nous arrêterons quelques instants pour vous présenter un de ses anciens élèves, Frédéric Roumanès.

Voici ce que l’on peut lire à son sujet dans la bibliographie de l’Agenais d’Andrieu : «  Fréderic Roumanès, poète patois, né à Prayssas le 1° mars 1851, Allées Sainte Anne, fils de Roumanès Jean et Marie-Ange Destang. En 1865, au sortir de l’institution Pradelle, il embrasse le métier de charpentier qu’exerçait son père et se perfectionna au point de pouvoir, bientôt, dans les classes du soir, donner des leçons de trait aux ouvriers des villes qu’il visitait. Il consacra le peu de loisirs que lui laissait sa profession à la composition d’un ouvrage pratique, mais piqué lui aussi de la tarentule poétique il aligne des vers et, aux heures chaudes de sa 18° année, il donne au public un petit recueil poétique : « Poêmos, quatrains et roundéos dédiat à la jouynesso de Prechaquezo ». Une brochure en 1/8° de 16 pages chez Bonnet, imprimeur à Agen, Place des laitiers en 1869.

Nous ajouterons que Fréderic Roumanès est décédé à Prayssas Le 30 octobre 1893, à l’âge de 42 ans.

Enfin, le Prayssas moderne, a depuis 1929, un marché de gros de fruits et primeurs. Il commence en mai, avec les premières cerises pour se terminer, fin octobre avec les derniers chasselas. Le fondateur de ce marché est notre confrère M. Joseph Lacaze. Il y aurait beaucoup à dire sur le marché de Prayssas. Le temps nous manque pour en parler longuement. Nous tacherons d’y revenir une autre fois.

Signalons la grande coutume de Prayssas, datée de juin 1266, c’est-à-dire vieille de plus de sept siècles a été publiée dans la revue de l’Agenais du 2°trimestre de 1964. Il est curieux de noter que le sénéchal d’Agenais de cette lointaine époque portait le même nom que moi. Il se nommaite Rodolphe de Trapes.

Le cahier de doléances de la paroisse de Prayssas pour les Etats Généraux de 1789 a été lui aussi conservé. Il est conservé aux archives départementales d’Agen. Le texte de ce cahier a été publié dans la revue de l’Agenais du 4° trimestre de 1952. Félicitons Prayssas d’avoir su garder ces vieux documents.

Avant de quitter Prayssas, relatons qu’en août 1944, à Cornier, hameau voisin de Prayssas eut lieu un combat entre les troupes allemandes et les maquisards du bataillon Jasmin commandés par le commandant Barret. Les allemands qui venaient par la vallée de la Masse furent empêchés d’arriver jusqu’à  Prayssas. Les nôtres eurent deux morts à déplorer. On n’a jamais su les pertes du côté allemand.